-« Vendanger en plein été ». Si on m’avait dit, il y a 40 ans, qu’un jour nous vendangerions mi-Août, j’aurais souri à l’évocation d’une idée aussi farfelue… Et pourtant c’est bien ce qui s’est passé en cette drôle d’année 2017. Tout a commencé par des pluies intelligentes au cours de l’hiver, intelligentes comme dirait Dominique, car douces et longues. Des pluies qui profitent, qui pénètrent le sol et ne courent pas en furie jusqu’au premier fossé. On verra plus tard que cette opportune réserve en eau nous sera d’un grand secours pour passer sans encombre la longue sécheresse d’été. Mais avant cette canicule estivale, nous avons bel et bien eu chaud, au sens trivial du terme. Les deux matinées où le gel a frappé. Heureusement pas trop de dégâts à Vingrau. Seuls quelques rameaux ont accusé le coup, dans le grenache blanc du Camp du Figuier. Il s’en est fallu de peu : un ou deux degrés de moins et c’est l’ensemble des vignes du cirque de Vingrau qui auraient trinqué… Nous étions heureux d’être passés au travers des vicissitudes de cette fin d’hiver qui ne voulait pas lâcher la partie. La suite, on la connait : un printemps doux, vite rattrapé par un début d’été de style fournaise. Bref une précocité que certains pressentaient car la véraison avait elle-même plus d’une semaine d’avance. Début des vendanges prévues le lendemain du 15 Août. Malheureusement nos vendangeurs, habitués à un démarrage aux alentours du 25, n’étaient pas disponible ou joignables. Nous avons donc différé ce début de vendange pour attaquer avec un léger retard. Les blancs, Grenache en tête, nous attendaient de pied ferme. Très belle qualité sanitaire quel que soit le cépage, avec mention spéciale à la Roussanne et au Macabeu qui étaient magnifiques. En revanche petite production chez les Muscat. Avec plus de 35° l’après-midi, nous ne pouvions vendanger que le matin, à la fraîche. Option intéressante pour récolter les blancs car il faut presser puis refroidir les moûts. Les journées sont longues à attendre l’arrêt libérateur du groupe de froid, tard dans la nuit … Les premiers rouges sont rentrés le 29 Août, là aussi la date interpelle car nous n’avions jamais récolté des rouges en Août. Et pourtant les Syrah que nous avons vendangées frôlaient déjà les 14°, dans un état remarquable. Suivirent ensuite les vieux Carignan, généreux cette année, nous dépasserons les 35hL/ha malgré la sécheresse. Qualité magnifique et un bel équilibre avec une bienvenue pointe d’acidité. Ce sacré Carignan est vraiment adapté aux climats chauds. Puis ce fut le tour des Grenache noir, en particulier en provenance du secteur de Génégals, derrière les falaises, à 300 m d’altitude, ceux qui ont pu échapper à l’appétit vorace des sangliers. Là aussi très belle qualité, mais petite déception sur la charge. Les grappes étaient belles mais peu compactes, aérées. Que de coups de sécateur pour remplir un seau. Heureusement les Mourvèdre, toujours généreux, mais 14,5° tout de même, permirent de conclure ces longues vendanges en beauté.

Alain Razungles